Stéphane Bernaudeau, un grand vigneron d’Anjou !

Bonjour Cyril Fahl !

Cyril FAHL « Jardinier des vignes, vigneron d'esprit ». (Citation du Rouge & Blanc)

Cyril Fahl, vigneron du Clos du Rouge-Gorge à Latour de France, dans les Pyrénées Orientales, est un vigneron que je qualifierais de « tellurique» en ce sens que son dialogue avec la terre, celle-ci dans la définition la plus large qui soit, est très impressionnant. 

 

Découvert avec la revue trimestrielle « Le Rouge et Blanc », numéro 88, printemps 2008, je n'ai eu de cesse de vouloir le rencontrer. Quelques citations de lui, empruntées au Rouge & Blanc, hantaient mon esprit : « Je veux le plus de dépouillement possible, je souhaite faire parler la racine, plutôt que les tannins, la matière, je recherche des jus très purs, proches du fruit ». Ou encore : « Pour moi, il n'y a pas de vérités dans la viticulture. Il n'y a que des questions. Il faut se méfier des règles et des certitudes ».

 

J'ai goûté à plusieurs reprises et sur quelques millésimes toujours récents, certains de ses vins : « Jeunes Vignes », « Vieilles Vignes », « Ubac ». Dès la première dégustation, ce fut une véritable révélation : des vins délicieusement libres, je dirais même sauvages, habités de force civilisée mais à l'expression enjouée. Des vins qui dansent la sardane, des vins qui hissent la voile pour nous transporter sur l'onde marine, des vins qui nous élèvent sur les crêtes des montagnes pour contempler le vol majestueux de l'aigle royal. Des vins de fruits, acidulés, à l'arômatique évolutive, parfois soudainement intense, comme lorsqu'on écrase une baie en bouche. Des vins pétris par la nature sauvage de ces hautes terres du Roussillon.

 

Jean-Marc Gatteron, du Rouge & Blanc, journaliste érudit, intègre et passionné, que j'ai eu la chance de croiser un jour à Terres de Causse, nous avoue aussi: « A goûter ses vins, on a le sentiment d'être dans un autre espace, fait de grâce et d'intelligence sensible ». Qu'ajouter de plus ?

Autre parcelle du CLOS du ROUGE-GORGE, entourée de murs et d'un abri en pierres sèches

Mardi 20 décembre 2011, Cyril accepte de me recevoir au cours d'un après-midi hivernal où le soleil blafard est contrarié par un vent – ah la tramontane ! - qui ne cesse de se durcir. Je sais Cyril homme pressé, qui n'a guère le temps, entre sa vie absorbante, trépidante, complexe de vigneron et celle consacrée à sa famille mais ce jour-là, je me rends compte maintenant, j'ai eu beaucoup de chance. (Très récemment, Stéphane Bernaudeau m'a indiqué qu'il était allé rendre visite en cet été 2013 à Cyril mais que les deux amis n'avaient pu se voir que trop brièvement!) Les yeux clairs de Cyril se fixent sur moi, sa main est ferme, significative, entraînée au travail manuel. (Cyril est également mécanicien, ébéniste, bref un génial touche à tout!) Je ressens tout de suite ce premier contact comme empreint de gentillesse, d'humilité, d'énergie, de franchise. Cyril désormais « Petit Prince du Roussillon » est né à Paris, a vécu en Périgord (comme moi-même !) en Limousin (comme nous!) puis en Anjou : cela tombe donc bien même si ... cela ne saurait suffire ! Il m'emmène assez vite sur les parcelles du Clos du Rouge Gorge qui dominent le village. Un lieu de vie que nous arpentons ensemble, en me faisant partager sa joie, son bonheur, d'y travailler, d'y développer la vie biologique, encore et encore. Le rouge-gorge, cet oiseau qui accompagne le vigneron dans ses travaux d'hiver, a donné son nom à ces parcelles intimistes. Le travail de Cyril est en effet un dialogue permanent avec la nature : comment libérer les forces de vie du sol, comment accompagner au mieux le végétal, sans brutalité, sans imposer, sans forcer ? Comment atteindre cet état de compréhension entre l'homme et la nature où chacun peut trouver pleinement sa place ? Sans exploiter l'autre et tout en sachant que celle de l'homme est de toute façon infinitésimale sauf ... à se prendre pour un démiurge ! Tout ce que cet homme n'est pas.

Autre parcelle du CLOS

Cyril m'emmène ensuite vers la parcelle de l'ultime, UBAC ! Pour cela, retour par le village puis direction vers Caramany, au-dessus de Rasiguères. Avant, nous nous arrêtons sur une parcelle nue qu'il prépare minutieusement et lentement, avant de la planter en vignes : travail léger du sol pour l'aérer, enherbement en plantes bio-fertilisantes, décompactantes aussi, pour apporter cette matière organique si précieuse dans la qualité du complexe argilo-humique et pour aérer. Cyril est un agronome averti qui, sans ostentation, sans pédagogisme impérieux, nous fait comprendre que pour lui, il ne peut y avoir de bon vin sans bon sol ! 

 

 

Ubac est un choc avant d'être émotion plus admirative, plus analytique! Ubac se dresse devant moi comme un colosse minéral et végétal. Un vertige de vigne renaissante agrippé sur un flanc de montagne abrupt et plein nord, ridé « horizontalement » par des rangs de vignes de vieux cinsaults en gobelets, labourés au cheval. Un travail de titan où la verticalité est cassée par des dizaines et des dizaines de rangs de vignes, constituant autant de « niveaux plans » en terre ameublie, retenant ainsi l'eau pour mieux la faire pénétrer ou diminuant le ruissellement des déluges pouvant s'abattre dans ces contrées. La nuit qui tombe, le vent froid qui souffle fort, 120 km/h ( ? ) et qui cingle nos visages, nous oblige de quitter à regret ce lieu exceptionnel enfantant peut-être le plus grand cinsault du monde. En tout cas, pour ma part, hormis le cinsault du Clos Centeilles que j'adore mais que je ne situe pas à ce niveau de puissance subtile et de grâce, je n'en ai pas goûté un d'aussi grand. Ubac est un lieu grandiose interprété par un vigneron exceptionnel, pour un vin rare. 

 

La compagnie de Cyril s'achève en cave où les pièces de 400 l et les cuves autrichiennes de Stocklinger recèlent les élevages des 2010 en devenir. Maccabeu puis carignan blanc, jeunes vignes, vieilles vignes, sont goûtés : là, ils attendent sans se presser leur dernier habillage avant de quitter les lieux pour voyager par delà les frontières des hommes et murmurer dans les verres les faits et gestes d'un vigneron émérite du Roussillon, épris de nature et de culture !

Autre parcelle du CLOS du ROUGE-GORGE

 

Un jour Cyril, puisses-tu nous faire l'immense plaisir de venir à Brive, dans le cadre de Naturellement Vins, pour nous concéder une de tes soirées, sur la route du Limousin où tu as gardé une partie de ta famille, pour nous conter ton amour pour ce pays du Val d'Agly où la vigne, quand la tramontane hurle à travers les monts décharnés, court au ras du sol comme les lagopèdes de Juan Ramon Escoda ou de Lauréano Serres ! Où la vigne, quand le feu du ciel embrase les terres, tutoie l'azur, les pieds dans la fraîcheur du tréfonds de la montagne. Où la vigne, de trésor des dieux devient le trésor des hommes.

 

Amitiés et à bientôt ! 

 

Didier

Hommage à une très grande dame du vin

Lalou-Bize Leroy, propriétaire du domaine Leroy à Vosne-Romanée et du domaine d'Auvenay à St Romain, en Bourgogne donc, est une Vigneronne que l'on peut qualifier de « mythique ». Ses vins d'aligoté, de chardonnay, de pinot noir, nous emmènent très loin, dans des contrées ultimesoù les saveurs, les senteurs de ses vins, explorent l'agronomie naturelle et la géologie immémoriale. Longtemps, la Bourgogne viticole l'a regardée comme une originale insensée. « Au début, on disaitque mes vignes étaient en friche, que c'était la pampa, que j'étais folle ».

Aujourd'hui ses vins sont encensés dans le monde entier ! Elle avait raison très tôt, convaincue du bien-fondé des idées professées par Nicolas Joly. Elle n'a eu de cesse, à son tour, de rappeler, de démontrer que tout est vivant : la terre, la plante, le fruit, le vin... Le travail de la terre, les soins apportés à la vigne, tout au long de l'année, sans traitements chimiques ne peuvent que conduire à des vins qui reflètent le paysage. Aujourd'hui, bien des vignerons de Bourgogne et d'autres horizons -les plus grands- ont emprunté le chemin qu'elle a tracé.

Pour ma part, je n'ai goûté longuement que quelques aligotés bouleversants et un chardonnay d'Auxey-Duresses (Les Clous) infiniment raffiné, séveux. J'ajouterai ces dégustations hâtives dans le brouhaha et la bousculade d'un salon (Renaissance des Appellations à Bordeaux, 17 juin 2013): Savigny-les-Beaune 1er cru Les Narbantons 2011; Nuits-St-Georges 1er cru Les Boudots 2011; Vosne-Romanée 1er cru Les Beaux Monts 2011; Meursault Les Narvaux 2005. Quelle magie !

Merci Madame de nous faire rêver et bravo à vous pour avoir su rassembler autour de vous tant d'hommes et de femmes de talent !

 

Didier

Lalou Bize-Leroy et son directeur de la communication, Frédéric Rohmer
à Renaissance des Appellations, Bordeaux le 17 juin 2013